
Hier, je suis allee au Musee d’Art Contemporain de Sydney pour voir l’exposition temporaire d’un artiste australien qui monte, qui monte, a savoir, Stephen Birch. Par un concours de circonstances assez surprenant, je me suis retrouvee au centre d’un questionnement sur l’Islam et sur mes propres prejuges ou, comment j’ai passe une heure dans la peau d’une musulmane.
Tout a commence a cause d’une climatisation mal reglee.
Comme il faisait terriblement froid dans le musee, ou comme je suis terriblement frileuse, ou un peu des deux, je me suis couvert la tete et le cou de mon grand foulard bleu de sorte que les personnes que je croisais pouvaient legitimement penser que j’etais musulmane. Il n’y avait rien d’intentionnel la-dedans, si ce n’est l’intention de ne pas tomber malade. Toujours est-il que j’ai petit a petit commence a etre intriguee par le regard que les gens posaient sur moi. Je n’ai toujours pas reussi a trancher pour savoir si c’est une pure creation fantasmatique de ma part ou le reflet d’une realite mais j’ai clairement eu l’impression d’avoir ete observee, a la derobee, de facon beaucoup plus soutenue qu’a l’habitude. Fin du premier episode.
Impression a part, je me suis rendue au coeur de l’exposition pour ecouter le commentaire d’une des oeuvres de Stephen Birch sobrement intitulee ‘Dave’.
Deuxieme episode de la journee : le ‘Dave’ en question se trouve etre la scuplture ultra-realiste d’un homme brun a la peau mate, entierement nu et notoirement barbu dont la tete est enturbannee d’un foulard blanc a la facon des musulmans du moyen-orient. Dans une posture de fuite, le regard anxieux a l’horizon, l’homme se cache derriere un pan de mur.
La guide commence a decrire la demarche de l’artiste et sa recherche plastique pour confronter les gens aux diktats de la societe et a leurs propres prejuges. Elle demande qui, dans l’auditoire, a spontanement pense que cet homme etait un terroriste. Stupeur et tremblements, je suis la seule a lever la main parmi les 15 personnes rassemblees devant Dave ! Moi qui me dis fierement anti-raciste, je suis completement destabilisee. Le commentaire continue et la guide nous decrit son ressenti par rapport a l’oeuvre et combien elle trouve cet homme vulnerable et touchant. Deuxiement stupefaction, je ne ressens aucune pitie pour l’homme et il continue a m’inspirer de la mefiance. Est-ce a dire que je fais partie du coeur de cible que l’artiste a voulu confronter ? Est-ce que mes representations sont a ce point formatees par le discours securitaire et islamophobe qu’on nous assene depuis le 11 septembre ?
En sortant de l’exposition, je me sentais inexplicablement triste et perdue, comme si par le jeu d’un miroir deformant, ‘Dave’ m’avait renvoyee l’image epuree de mes croyances refoulees. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’objectif de l’artiste est atteint. J’ai passe le reste de la journee a me questionner sur ma perception des musulmans, jusqu’a en parler en rentrant avec Janine qui m’a apporte un eclairage interessant sur le silence des personnes qui m’entouraient.
Elle m’a explique combien il etait mal vu d’emettre des avis dits ‘racistes’ dans ce pays historiquement batit par les emigres. Meme si les discriminations a l’embauche ou au logement sont les memes ici que partout ailleurs, il est de bon ton en societe d’adopter un discours ouvert et tolerant, d’ou le silence pesant de la salle d’exposition. Pour info, il existe en Australie une journee de soutien aux femmes voilees pendant laquelle toutes les femmes, qu'elles soient de confession musulmane ou non, peuvent aller voilees au travail. Sic.
Aucun(e) australien(ne) bien ne(e) n’admettra donc en public qu’il a pense a un terroriste en voyant un homme barbu, basane et enturbanne. Pourtant, d’apres moi, il est absolument impossible qu’aucune autre personne n’aie eu cette idee dans la salle, meme de facon fugace, meme inconsciemment. Avec le recul, ca me parait encore plus criant et hypocrite dans cette societe australienne hyper-securitaire, quotidiennement transfusee de message anti-terroriste depuis ces 6 dernieres annees (cf. les immenses messages anti-terroristes plaquardes un peu partout en ville ou sous forme de spots publicitaires aux heures de grande ecoute). Comme pour venir appuyer ma theorie, ce matin, dans le journal regional, il y avait un dossier special de 6 pages sur l’Islam et les musulmans sous forme de campagne de seduction pour de-diaboliser la communaute musulmane.
Tant qu’il y aura des artistes et des journalistes...
Tout a commence a cause d’une climatisation mal reglee.
Comme il faisait terriblement froid dans le musee, ou comme je suis terriblement frileuse, ou un peu des deux, je me suis couvert la tete et le cou de mon grand foulard bleu de sorte que les personnes que je croisais pouvaient legitimement penser que j’etais musulmane. Il n’y avait rien d’intentionnel la-dedans, si ce n’est l’intention de ne pas tomber malade. Toujours est-il que j’ai petit a petit commence a etre intriguee par le regard que les gens posaient sur moi. Je n’ai toujours pas reussi a trancher pour savoir si c’est une pure creation fantasmatique de ma part ou le reflet d’une realite mais j’ai clairement eu l’impression d’avoir ete observee, a la derobee, de facon beaucoup plus soutenue qu’a l’habitude. Fin du premier episode.
Impression a part, je me suis rendue au coeur de l’exposition pour ecouter le commentaire d’une des oeuvres de Stephen Birch sobrement intitulee ‘Dave’.
Deuxieme episode de la journee : le ‘Dave’ en question se trouve etre la scuplture ultra-realiste d’un homme brun a la peau mate, entierement nu et notoirement barbu dont la tete est enturbannee d’un foulard blanc a la facon des musulmans du moyen-orient. Dans une posture de fuite, le regard anxieux a l’horizon, l’homme se cache derriere un pan de mur.
La guide commence a decrire la demarche de l’artiste et sa recherche plastique pour confronter les gens aux diktats de la societe et a leurs propres prejuges. Elle demande qui, dans l’auditoire, a spontanement pense que cet homme etait un terroriste. Stupeur et tremblements, je suis la seule a lever la main parmi les 15 personnes rassemblees devant Dave ! Moi qui me dis fierement anti-raciste, je suis completement destabilisee. Le commentaire continue et la guide nous decrit son ressenti par rapport a l’oeuvre et combien elle trouve cet homme vulnerable et touchant. Deuxiement stupefaction, je ne ressens aucune pitie pour l’homme et il continue a m’inspirer de la mefiance. Est-ce a dire que je fais partie du coeur de cible que l’artiste a voulu confronter ? Est-ce que mes representations sont a ce point formatees par le discours securitaire et islamophobe qu’on nous assene depuis le 11 septembre ?
En sortant de l’exposition, je me sentais inexplicablement triste et perdue, comme si par le jeu d’un miroir deformant, ‘Dave’ m’avait renvoyee l’image epuree de mes croyances refoulees. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’objectif de l’artiste est atteint. J’ai passe le reste de la journee a me questionner sur ma perception des musulmans, jusqu’a en parler en rentrant avec Janine qui m’a apporte un eclairage interessant sur le silence des personnes qui m’entouraient.
Elle m’a explique combien il etait mal vu d’emettre des avis dits ‘racistes’ dans ce pays historiquement batit par les emigres. Meme si les discriminations a l’embauche ou au logement sont les memes ici que partout ailleurs, il est de bon ton en societe d’adopter un discours ouvert et tolerant, d’ou le silence pesant de la salle d’exposition. Pour info, il existe en Australie une journee de soutien aux femmes voilees pendant laquelle toutes les femmes, qu'elles soient de confession musulmane ou non, peuvent aller voilees au travail. Sic.
Aucun(e) australien(ne) bien ne(e) n’admettra donc en public qu’il a pense a un terroriste en voyant un homme barbu, basane et enturbanne. Pourtant, d’apres moi, il est absolument impossible qu’aucune autre personne n’aie eu cette idee dans la salle, meme de facon fugace, meme inconsciemment. Avec le recul, ca me parait encore plus criant et hypocrite dans cette societe australienne hyper-securitaire, quotidiennement transfusee de message anti-terroriste depuis ces 6 dernieres annees (cf. les immenses messages anti-terroristes plaquardes un peu partout en ville ou sous forme de spots publicitaires aux heures de grande ecoute). Comme pour venir appuyer ma theorie, ce matin, dans le journal regional, il y avait un dossier special de 6 pages sur l’Islam et les musulmans sous forme de campagne de seduction pour de-diaboliser la communaute musulmane.
Tant qu’il y aura des artistes et des journalistes...

2 commentaires:
bah dis donc je ne pensais pas qu un simple petit cadeau (le foulard) aurait suscité tant de questions!!! on voit bien comment l'hipocrisie dont tu parles s'exprime a travers les regard en coin dont tu parles et sutout le silence terrifiant devant l'oeuvre. au mions tite franchie tu as le courage d'exprimer tes ressentis. et d'abord, pourquoi le faire et les assumer te rendrai raciste? au contraire c'est tous ceux qui se sont tu qui auraient peut etre quelque chose a se reprocher! non? bref c'est vrai que ca pose question
Perso, j'avoue dévisager les femmes qui portent le foulard, le chador.
Je dévisage aussi les bonnes soeurs, les curés, les rabins, les moines, les jeunes mormons qui arpentent les rues en recherche d'adeptes (à Lyon, en costume avec un pins rouge... écoutez les, ils sont marrants.)
Je les dévisages tous parce que je n'ai pas le droit de les taper. Alors j'essaie de leur signifier du regard combien l'idée de leur existence m'est insupportable. C'est déjà ça.
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