mercredi 20 juin 2007

Dans bien longtemps

Je suis amere.
Je suis amere et decue.
Je suis amere, tres decue et un peu triste.
Mais comme j'ai horreur de m'enerver, je ne vous accablerai pas de reproches inutiles et je tirerai directement les conclusions :
J'ai echoue a faire de ce blog l'interface que je voulais qu'il soit, le lien lance de bord a bord, d'un continent a l'autre.
Je n'ai pas su vous donner l'envie de reagir, de commenter, d'anecdoter mes articles.
Je suis lasse d'ouvrir chaque jour mon blog avec l'excitation d'une ecoliere pour realiser que je suis la seule excitee par la possibilite d'une communication virtuelle (Apres tout, c'est moi qui pars, vous ne me devez pas de comptes).
Je ne suis pas assez egocentrique pour monologuer seule dans le noir, devant une foule de fantomes silencieux (c'est commode l'espace virtuel et sa confidentialite!?) et pas assez narcissique pour m'autosatisfaire de ma prose. Quand bien meme ce serait le cas, je tiendrais un journal intime au lieu de prendre la peine d'etaler mes etats d'ame sur le net pour d'hypothetique lecteurs.
Alors, apres une petite nuit de doutes et d'insomnie, je declare officiellement ce blog clot.
Pour ceux qui voudraient de mes nouvelles, on reviendra aux traditionnels signaux de fumee.

Et pour vous prouver que je ne vous en veux pas trop quand meme, je vous offre en cloture ce superbe poeme de Robert Desnos - Dans bien longtemps (1930) :

Dans bien longtemps, je suis passé par le château des feuilles
Elles jaunissaient lentement dans la mousse
Et loin, les coquillages s'accrochaient désespérément aux rochers de la mer
Ton souvenir ou plutôt ta tendre présence, était à la même place
Présence transparente et la mienne
Rien n'avait changé mais tout avait vieilli en même temps que mes tempes et mes yeux
N'aimez-vous pas ce lieu commun? laissez-moi, laissez moi, c'est si rare cette ironique satisfaction
Tout avait vieilli sauf ta présence
Dans bien longtemps, je suis passé par la marée du jour solitaire
Les flots étaient toujours illusoires
La carcasse du navire naufragé que tu connais - tu te rappelles cette nuit de tempête et de baisers? était-ce un navire naufragé ou un délicat chapeau de femme roulé par le vent et la pluie du printemps - était à la même place
Et puis foutaise larirette dansons parmi les prunelliers!
Les apéritifs avaient changé de nom et de couleur
Les arcs-en-ciel qui servent de cadre aux glaces
Dans bien longtemps, tu m'as aimé.

mardi 19 juin 2007

La Nina capriciosa

Cyclone attendu sur la cote Est ce soir ou dans la nuit.
Sydney en etat d'alerte.
Peut-etre pas de nouveau message dans les jours qui viennent.
A tout bientot!

lundi 18 juin 2007

ABC de mon quotidien

Apres un rapide coup d'oeil a mes derniers messages, je realise que je ne vous ai pas tellement tenus au courant des derniers developpements de ma situation. Alors pour les curieux, voici en quelques points cles les dernieres nouveautes dans ma vie, pour ceux que ca ennuie, passez directement au point E, ou l'on parle de culture (encore) et de cinema (toujours).


A. Je continue a alterner entre 2 jobs, avec un certain laisser-aller horaire ces derniers temps puisque j'ai notablement diminue mon nombre d'heures dans un souci de preservation ("Qui veut voyager loin, menage sa monture". Merci Cyril ;-) et de meilleure jouissance des attraits de la ville. Ceci etant, les savons sentent toujours aussi bon, l'equipe est toujours incroyable de simplicite et de gentillesse et la paie est assez interessante pour un vulgaire poste de vendeuse!
La petite nouveaute depuis 2 semaines, c'est que je ne suis plus serveuse pour cause de grave incompatibilite d'humeur avec le gerant irresponsable et irrespectueux du pub. Tranche horaire que j'ai donc troque avec plaisir pour un autre poste de vendeuse dans un autre magasin, de lingerie cette fois, obtenu grace a Reem, une amie saoudienne. Mes semaines sont donc beaucoup plus cools, toujours un peu decousues mais sans stress, quel qu'il soit.


B. Apres des velleites de demenagement tres embryonnaires, j'ai decide, en accord avec le couple qui m'heberge, de rester squatter a Glebe dans l'atmosphere epicurienne de ma grande maison. Grace a la difference d'age, de caracteres et d'emplois du temps, notre cohabitation est un modele de ce que devrait toujours etre la collocation, un melange de convivialite, de respect et d'echanges. Donc, je reste.


C. J'ai trouve a deux rues de chez moi une espece de temple esoterique ou je suis avec assiduite des cours de yoga, Hatha, Pilates et Ashtanga pour les connaisseurs. C'est bon pour la tonicite, pour la souplesse et pour occuper les longues journees de pluie de ce mois de juin. Cote sport (le vrai), je continue avec delectation mes seances de footing avec une preference marquee pour les courses nocturnes, quand la baie est illuminee et que je savoure ma liberte de mouvement en regardant les feux des voitures coincees sur le pont par les embouteillages quotidiens de sortie des bureaux. En projet dans les semaines qui viennent : inscription a un club d'aviron que j'ai repere depuis un petit moment a l'entree de la baie.


D. Sur le plan social, je romps ponctuellement mon hibernation pour des petits verres en ville avec notamment Antoine, un ami d'enfance retrouve par hasard apres des annees d'oubli, de passage a Sydney pour un stage de fin d'etude.
Ci-dessous, deux photos de notre derniere soiree Tapas-Sangria, au dernier etage d'un pub cosy et atypique, The different drummer. (Marie, on s'arrangera pour le copyright)

E. Et je me regale avec quelques salles de cine Art et Essais (j'ai vu la semaine derniere l'atemporel Breakfast at Tiffany's) et le Festival de Cinema de Sydney qui a lieu en ce moment (equivalent de notre festival de Cannes mais dont la particularite extraordinaire est d'etre ouvert au public avec des projections de la selection officielle un peu partout en ville). Dans ce cadre-la, j'ai assiste hier a la projection du magnifique film danois After the wedding dans le cadre magique du State Theater, espece de copie en stuck de nos theatres a l'italienne, version australienne, soit 3 fois plus grand que la moyenne des scenes nationales francaises. Salle a couper le souffle, projection a guichets fermes pour pres de 1500 chanceux et 2h d'emotion pure. A rajouter sur votre liste des films a voir absolument dans la serie 'Films scandinaves', ne serait-ce que pour l'intrepretation magistrale de tous les acteurs, juste apres le sublime testament visuel d'Ingmar Bergman, Saraband.

Cette semaine, j'ai aussi fait un petit detour oblige par l'Opera de Sydney, ce grand batiment aux voiles blanches que vous avez tous vu des milliers de fois sur les cartes postales et dans les reportages sur l'Australie. Les representations dans la grande salle etant hors de portee de mon budget actuel, je me suis rabattue sur le studio, une salle plus confidentielle sur le cote du batiment, pour le spectacle-evenement d'Antje Pfundter, choregraphe allemande saluee par toute la presse locale. Apres 55 douloureuses minutes de gesticulations et d'onomatopees pour une danseuse chetive, sans musique et sans recit, relecture supposee d'un des contes des freres Grimm, je me suis sentie tres lasse et tres humble devant le vide abyssal de ma connaissance en matiere de danse contemporaine.

lundi 11 juin 2007

Mention speciale

Coup de coeur ce soir pour un magnifique groupe venu tout droit de Melbourne ravir mes oreilles et cloturer en beaute le Jazz & Blues Festival de Sydney. Apres le concert de la ravissante et talentueuse chanteuse soul Kate Ceberano hier soir, je sors du travail a 5h30 et file sur le port pour arriver juste a temps au debut du concert donne en plein air, sur la pelouse de Darling Harbour avec pour toile de fond le ciel etoile et les gratte-ciels illumines du centre-ville. Un petit gout de Jazz a Vienne, les ruines en moins et l'hiver en plus...

C'est toujours un peu difficile de decrire une impression auditive. Je vous laisse juste imaginer 6 musiciens survoltes plantes sur ce decor evoluer petit a petit d'un jazz energique a un melange inclassable de rythmes oscillant entre The streets, Ezekiel et du bon vieux gros hip hop. Imaginez un boeuf impromptu reprenant sans interruption Snoop Dog, Lenny Cravitz et Marvin Gaye. Imaginez un chanteur a la voix grave et rauque qui improvise une chanson autour de 5 mots que le public vient de lui donner au hasard, des musiciens hors-pairs qui le suivent de concert dans l'impro, un public conquis qui en redemande et moi au milieu de la pelouse, un sourire benet scotche d'une oreille a l'autre.
La musique adoucit les moeurs, j'en ai toujours ete persuadee. Alors si vous voulez transfuser un peu de joie de vivre et de savoir-faire made in Australia dans votre quotidien, filez chez votre disquaire (celui qui vend les CD plus chers qu'a la FNAC mais qui mets tout son coeur a decouvrir des talents, des vrais!) et procurez vous le dernier album de True Live, The shape of it.

dimanche 10 juin 2007

Avis de tempete



Les semaines s’enchainent et ne se ressemblent pas. La tempete du siecle vient de s’abattre sur Sydney pendant 2 jours. Toute la region au nord de la ville a ete evacuee et est maintenue en etat d’alerte. Les vallees alentour sont noyees sous un metre d’eau, des routes se sont effondrees suite a des glissement de terrain, des petroliers enormes ont echoues sur les plages, rejetes par la mer comme de simples petits voiliers. Les vagues ont atteint 6 metres de hauteur sur toute la cote Est et a l’heure qu’il est, 6 personnes sont mortes et plusieurs autres portees disparues. Apres l’ere de El nino, les meteorologues annoncent l’arrivee de La nina, petite soeur colerique du premier. Al Gore doit compter amerement les signes qui lui donnent chaque jour un peu plus raison...
Perchee sur ma colline de Glebe, bien au sec au coin de la cheminee, je regarde, incredule, les elements se dechainer et le mur d’eau qui tombe du ciel. On annonce encore de la pluie jusqu’a vendredi puis l’hiver devrait reprendre son cours normal, doux et sec, comme un bon vieil hiver australien. Au passage, plusieurs milliers de personnes auront tout perdu, maison, voiture et betail mais il semble que le caractere australien ait cette capacite hors-du-commun a ne jamais desesperer. Si l’embleme national n’etait pas le kangourou, ce serait le phoenix, sans hesitation. Ici, rien ne semble avoir de prise sur l’optimisme des gens, les fortunes se font et defont pour mieux changer de main le mois suivant, les projets les plus incertains voient le jour et les reves les plus abracadabrants prennent forme dans la bouche des moins fortunes. Ici, qui veut, peut. C’est une regle de base, profondement enracinee dans les mentalites et elevee au rang de mode de vie, qu’aucune de mes objections pragmatiques quant a la faisabilite logistique ou economique de tel ou tel projet ne peut ebranler. Je suis fascinee en ecoutant mes collegues vendeuses, qui n’arrivent pas a boucler les fins de mois (ou de quinzaine puisqu’on est paye tous les 15 jours), m’expliquer comment elles vont ouvrir, une telle une pension pour chevaux, une autre une garderie de luxe pour chiens de bonnes familles, avec la conviction et la vivacite d’un projet bien engage. Peut-etre que ca leur permet de supporter plus facilement la routine et l’ennui d’un travail repetitif ou peut-etre que c’est justement avec ce melange de conviction et de reverie que les australiens ont construit et construisent leur economie fleurissante au taux de chomage scandaleusement bas pour une europeenne de ma generation nourrie au biberon de la peur du chomage et de la necessaire difficulte du marche de l’emploi. Un bain de jouvence rafraichissant pour l’imaginaire entrave et l’espoir ampute de millions de jeunes europeens.